
L’artiste
Agathe Evin
Je suis née le 14 mars 1985 en Loire-Atlantique, entre la terre et le vent, là où les paysages façonnent les silences et la Nature aiguise les regards.
J’ai grandi dans ces horizons ouverts, bercée par les lumières changeantes et la présence constante des éléments.
Enfant, je passais des heures à dessiner, portée par un élan instinctif, comme un courant intérieur que l’on suit. Déjà fascinée par les visages, par les corps, par cette présence mystérieuse qui habite une posture ou un regard.


Puis la vie m’a menée ailleurs, loin de moi, vers des paysages incertains, parfois obscurs, où les repères vacillent. J’ai appris à faire taire cette part instinctive, à l’apprivoiser, à la contenir.
Pendant des années, la peinture est restée en retrait. Latente, étrangère à moi-même, presque sauvage. Mais ce qui est profondément incarné ne disparaît jamais.
Un jour, il m’a fallu revenir au corps. Au geste. À la matière. Retrouver l’odeur de la peinture, sentir sous mes doigts les grains de la toile, entendre le souffle des pinceaux caresser la surface.
Peindre est devenu un acte vital, cathartique. Un combat intime. Une reconquête. Une re-naissance.
Je peins principalement des portraits de femmes. Des corps habités par des silences et des paradoxes indicibles. Des figures à la fois puissantes et vulnérables, traversées par des émotions brutes.

Autour d’elles, l’Animal – loup, chat, oiseau, insecte – apparaît comme un double instinctif. Il devient un écho, une mémoire sauvage. La femme et l’animal se regardent, se frôlent, se confondent parfois. Entre eux circule une force ancienne, indomptée, une énergie que l’on tente d’apprivoiser sans jamais l’épuiser.
Mon travail explore ces paradoxes :
La beauté née de la blessure, la douceur traversée par la souffrance, la force surgissant du combat intérieur.

Je grave la matière au couteau, j’entaille la surface, je sculpte la peau picturale. Je cherche le détail juste. J’efface. Je reprends. Je recommence. Encore et encore.
Mon geste est précis, parfois quasi obsessionnel.
Non pas pour atteindre une perfection figée, mais pour approcher une forme d’équilibre fragile : cette justesse invisible où le corps devient présence, où le regard devient vivant. Le processus de création est indissociable de ma propre construction.
Chaque toile est une étape. Chaque entaille une mémoire. Chaque visage une tentative de comprendre, d’habiter, de réconcilier les fragments de mon identité. Ces marques sont des cicatrices symboliques, des traces de mémoire, des empreintes de luttes silencieuses.
Le corps devient territoire. La peau devient paysage.



Peindre, pour moi, c’est faire cohabiter les contradictions. C’est laisser dialoguer le féminin et le sauvage. C’est révéler une beauté incarnée, non pas parfaite, mais vibrante. La beauté n’est pas pour moi une perfection, mais un passage. Elle est ce que l’on extrait du chaos, ce que l’on fait surgir malgré l’ombre. Elle est ce qui me relie au vivant, dans ce qu’il a de plus sensible.
Aujourd’hui, je vis et travaille entre la Loire-Atlantique et la Bretagne.
Je circule entre ces territoires comme on traverse un espace intérieur : l’un me relie à mes racines, l’autre élargit le souffle.
Les vents, la mer, les terres brutes nourrissent mon imaginaire et traversent ma peinture.


Chacune de mes œuvres est un voyage entre le réel et l’onirique, entre le visible et l’insaisissable. Je cherche ce moment fragile où le regard devient vivant, où la toile cesse d’être surface pour devenir présence.
Peindre me traverse autant que je la façonne, dans un état suspendu, presque hors du temps, où quelque chose advient.
Mes portraits n’imposent pas un sens. Ils interrogent. Ils observent. Ils invitent chacun à rencontrer sa part instinctive, sa part énigmatique, cette zone fragile où l’âme affleure.
Le Journal : Actualités et cheminements
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