Zoom sur le regard de l’œuvre intitulée Le regard des origines qui est un portrait sur suc de Agathe Evin

Portrait sur stuc : « Le Regard des Origines », une œuvre entre matière et mémoire

Zoom sur le regard de l’œuvre intitulée Le regard des origines qui est un portrait sur suc de Agathe Evin

Combien de vies silencieuses continuent de vivre en nous ?

Nous croyons parfois que notre histoire commence avec notre propre naissance. Pourtant, nous portons des récits plus anciens qui se lisent au travers de blessures qui n’ont jamais été racontées, des élans interrompus, des peurs héritées, des gestes d’amour, des signes d’affection, des absences et des forces transmises sans paroles. Une part de nous vient de ceux dont nous connaissons le visage, la voix, parfois uniquement le prénom, le nom, ou bien ce portrait découvert dans un vieil album photos. Une autre appartient à des visages effacés, à des mémoires enfouies, à tout ce qui nous précède et continue pourtant de nous façonner.

Certaines œuvres nous placent face à cette présence invisible. Le passé de nos origines et le présent de nos vies s’y rencontrent, s’interrogent et se répondent. Un silence s’impose. Quelque chose vacille en nous. Alors, le regard ralentit, l’écoute devient intérieure, nos émotions plus poreuses, comme si l’œuvre venait toucher une mémoire que nous ne savions pas porter.

J’ai choisi de créer ce nouveau portrait sur stuc, intitulé Le Regard des Origines, sur un support qui puisse l’accueillir et faire sens avec son histoire. Le stuc s’est imposé de lui-même. Par sa matière minérale et sa profondeur, il me semblait pouvoir porter ce visage et ce qu’il avait à révéler.

Lorsque l’on découvre ce portrait, il y a d’abord un visage qui nous regarde intensément, dans sa présence immédiate. Puis quelque chose s’ouvre au-delà de cette rencontre. Derrière ce regard, il y a une expression venue d’horizons plus lointains, traversée par la mémoire, par les traces de ce qui la précède, par cette part invisible que chacun porte en soi sans toujours pouvoir l’identifier ni la nommer. Le portrait de cette femme raconte une histoire : celle de ses origines.

J’ai souhaité faire émerger de cette rencontre entre le visage et la matière, cette énigme qui se joue autour de la question des origines. Non pas les origines comme une réponse définitive, mais comme une question ouverte : d’où venons-nous ? Qu’est-ce qui nous façonne ? Quelles mémoires, quels lieux, quels héritages, quels liens continuent de vivre en nous ?

Le Regard des Origines interroge cette part enfouie, cette mémoire silencieuse, ces racines visibles ou invisibles, connues ou absentes, qui composent notre identité et font de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

Le regard des origines, 2026 – portrait sur stuc

Un portrait sur stuc traversé par la mémoire

Dans cette œuvre, j’ai fait le choix de donner au regard une place centrale et d’en faire une présence suspendue, retenue, habitée par quelque chose d’ancien et d’ancré.

J’aime l’idée que les traits d’un visage puissent révéler un supplément d’âme, quelque chose qui dépasse ce qu’ils donnent immédiatement à voir. Derrière une expression, derrière l’intensité d’un regard, peuvent se déposer des traces d’histoires, des héritages, des silences transmis, des paysages intérieurs.

J’aime l’idée que les traits d’un visage puissent révéler un supplément d’âme, quelque chose qui dépasse ce qu’ils donnent immédiatement à voir. Derrière une expression, derrière l’intensité d’un regard, peuvent se déposer des traces d’histoires, des héritages, des silences transmis, des paysages intérieurs.

Détail du regard, entre présence, silence et mémoire.

Un regard peut parfois devenir ce lieu où se déposent des mémoires et des souvenirs que les mots n’ont pas su mettre à jour, mais que l’on ressent.

J’ai peint Le Regard des Origines avec cette sensation ; celle d’une présence traversée par ce qui la précède. Le visage devient un territoire intérieur, un espace de mémoire, une manière d’interroger ce que chacun porte en soi et dont il décryptera le sens avec son propre langage.

Le stuc, une matière minérale au service du portrait contemporain

Le stuc est une matière minérale composée notamment de chaux et de poudre de marbre. Il apporte une présence particulière à l’œuvre et donne au portrait une densité, une profondeur et une texture qui dialoguent avec le thème des origines.

Cette matière porte en elle une dimension ancienne. Elle évoque les lieux, les traces du temps, les surfaces qui gardent la mémoire des passages. Sa texture accueille les accidents, les anfractuosités, les nuances et les irrégularités. Elle permet à la peinture de se déposer autrement que sur une toile, dans une relation plus physique et plus sensible à la matière.

Détail de la matière

Sur ce support, le visage donne l’illusion d’émerger de la surface, comme s’il appartenait déjà à une mémoire plus vaste. La matière participe pleinement à la présence de l’œuvre.

Ce dialogue entre portrait contemporain et matière minérale donne à l’ensemble une dimension singulière. Le stuc apporte une profondeur, tandis que le visage ouvre un espace plus intime, lié à la mémoire, aux racines et à l’identité.

Les origines comme question ouverte

J’envisage le mot origine au-delà du seul commencement. Les origines ne se réduisent pas à un point fixe, ni à une réponse fermée. Elles se ramifient, se déplacent, prennent des formes multiples. Elles peuvent être familiales, géographiques, affectives, symboliques. Elles peuvent venir d’un lieu, d’une lignée, d’un paysage, d’une mémoire transmise, d’une histoire tue ou d’un lien que l’on cherche encore à comprendre. Elles ne se limitent pas à ce que l’on sait de soi. Elles habitent aussi ce qui reste obscur, fragile, souterrain. Cette part mystérieuse où continuent de vivre, en silence, les traces de ce qui nous précède.

Dans cette œuvre, je représente les origines de manière non littérale. J’ai recherché à faire naître une présence. Elles apparaissent comme une sensation, celle d’un regard qui porte quelque chose d’enfoui, d’ancien, de profond. Un regard qui interroge ce qui demeure en nous, malgré le temps, les transformations, les silences.

Une œuvre entre intime et universel

Si cette œuvre naît de mon propre rapport à la mémoire, aux racines et à l’identité, elle ouvre également une question plus universelle. Chacun porte en lui des traces de ce qu’il a vécu, de ce qu’il a reçu, de ce qu’il a aimé, perdu, traversé ou parfois cherché à comprendre.

C’est cette zone sensible qui m’intéresse dans la peinture et que je cherche à faire naître. Ce moment où l’œuvre que je créé à partir d’un lieu intime, rejoint l’histoire intérieure et personnelle de la personne qui la regarde. C’est l’écho et la résonance entre des histoires qui animent mon geste.

C’est cette zone sensible qui m’intéresse dans la peinture et que je cherche à faire naître. Ce moment où l’œuvre que je créé à partir d’un lieu intime, rejoint l’histoire intérieure et personnelle de la personne qui la regarde. C’est l’écho et la résonance entre des histoires qui animent mon geste.

Une œuvre où le visage, la matière et la mémoire se répondent.

Le Regard des Origines invite peut-être à cela, à revenir vers ce qui nous fonde, vers ce qui demeure, vers ces racines visibles ou invisibles qui composent notre présence au monde.

Conclusion

À travers Le regard des origines, j’ai souhaité créer une œuvre où le visage, la matière et la mémoire dialoguent et se répondent. Le stuc donne au portrait une profondeur minérale et le regard ouvre une réflexion sur l’identité, les racines et ce que chacun porte en soi.

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